06/08/20

« Hiroshima, mon Amour… » Aujourd’hui, commémoration au Japon des 75 ans de l’effroyable atterrissage de la Bombe H états-unienne et de ses conséquences irréversibles… Dans l’ensemble, il y a pratiquement autant de commémorations d’évènements de désastres que d’évènements victorieux. Tout en tenant compte, bien sûr, qu’un désastre pour les uns peut être une victoire pour les autres, par souci de morale (chrétienne, sans doute) les états-uniens aujourd’hui ne fêteront pas leur victoire de 1945 sur le Japon.

En France, sans inclure les évènements fictifs qui donnent droit à des jours de congé ( Noël, Ascension, Assomption qui coïncide avec la Naissance de Napoléon), les commémorations sont, en définitive, plutôt divertissantes. Des répétitions, des règles, des rôles, des petits discours, une musique protocolaire, solennelle, parfois des uniformes qui sentent la naphtaline pour parvenir à un spectacle parfait, minuté, allègrement médiatisé, qui rassure par son aspect maîtrisé et ritualisé.

Beyrouth, un rituel d’un (pas si) nouveau genre…..

Pour les plus de 55 ans, « On se croirait à Beyrouth » est entré dans notre vocabulaire pour décrire une pièce, un lieu dans une pagaille épouvantable. Pour les générations suivantes, la phrase garde sa signification mais la ville change: « On se croirait à Bagdad ».

Mais, depuis deux jours, retour à Beyrouth…..

A partir de 1975 et pendant pratiquement 15 ans, la Capitale du Liban arborait l’aspect d’une ruine antique:  

La Capitale du Liban arborait l’aspect d’une ruine antique  

 Avec la fusillade d’un autobus palestinien dans un faubourg de Beyrouth, le pays s’est retrouvé  dans  un embrouillamini de conflits nationaux et régionaux, un jeu guerrier macabre dans lequel se sont invités tour à tour les anti et les pro Palestiniens, les Syriens et les Israéliens. De nombreux libanais avaient alors « disparus » et sont restés « disparus », puisque la reconstruction du pays est passée au premier plan et très vite, les intérêts internationaux se sont tournés vers l’Irak puis l’Afghanistan…

Et le 4 Août 2020, un « accident » redonne la 1ère page à Beyrouth:

Deux déflagrations d’une violence inédite, tremblement de terre, attaque nucléaire? Il a fallu quelques heures au Gouvernement pour annoncer à la population terrifiée, hallucinée, suffocante voire ensevelie, qu’il s’agissait « seulement d’un accident ». C’est « juste » l’explosion d’une cargaison de 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium, entreposée depuis six ans dans le port de la capitale libanaise….. Qui en est l’heureux propriétaire? Substance en « transit » depuis 2013??

Pourtant, absolument rien d’inédit dans le comportement explosif du nitrate d’ammonium!!

L’un des tout premiers accidents liés au nitrate d’ammonium s’est déroulé en 1921, dans une usine d’Oppau, en Allemagne, 561 morts.

En 1947, aux Etats-Unis la catastrophe de Texas City, 2 300 tonnes de nitrate d’ammonium explosent à bord d’un cargo français, 500 morts et un raz-de-marée de 4,5 mètres de haut.

En 2001, l’usine chimique AZF, dans la banlieue sud de Toulouse, quelques 300 tonnes de nitrate d’ammonium, empilées en vrac dans un hangar, explosent. La déflagration souffle la ville rose, 31 morts

En 2013, aux Etats-Unis, l’explosion de l’usine d’engrais West Fertilizer, 15 morts.

Néanmoins, il est vrai que les Libanais avaient un peu poussé le bouchon durant ces six derniers mois; accueil de 2 millions de réfugiés syriens, sanctions économiques des États-Unis, effondrement de la valeur de la monnaie, manifestations des jeunes et remise en question des pouvoirs confessionnels qui s’affrontent chroniquement depuis les années 80, crise sanitaire, alimentaire, lourde présence du Hezbollah, conflits avec Israël, coupures d’électricité récurrentes et tout ci tout ça….. Du coup, tout bien considéré, cet « accident » est une véritable aubaine pour le pays!! Si, si, ce n’est ni du cynisme, ni de l’hostilité! En plus, pour l’instant, rien ne prouve qu’il s’agisse réellement d’un « accident »…..

Le Petit Prince Manu qui tournait en rond dans le Fort de Brégançon, s’est précipité pour être le premier chef d’État à apporter son « soutien » et possiblement obtenir l’exclusivité du marché des chantiers de reconstruction. Va t-il pousser le soutien jusqu’à proposer son aide pour le déblayage des gravats?!? Meuh, non, ça c’est le boulot des super héros toujours en première ligne pas celui d’un Monarque en costard.

Bref, le Liban est incontestablement dans une M- – – – d’une profondeur abyssale, donc, soit on le découpe et le retire de la Mappemonde, soit tout le monde s’y met pour lui redonner un ou deux cèdre(s) à planter.

 Le seul Hic dans l’histoire, c’est que les Libanais en ont un chouia ras la casquette « d’être félicités pour leur courage et leur résilience » depuis des décennies, ils sont fatigués de déblayer, de déménager, d’enterrer leurs morts, ils aimeraient bien devenir……. la Suisse!  

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